Traceur GPS salarié : est-ce légal en France ?
L’utilisation d’un traceur GPS dans un véhicule d’entreprise est de plus en plus répandue pour assurer le suivi des déplacements, optimiser les tournées ou sécuriser les véhicules. Mais la géolocalisation d’un salarié est encadrée par la loi en France.
Dans cet article, nous faisons le point sur la légalité des traceurs GPS en entreprise, les obligations de l’employeur et les droits des salariés en matière de géolocalisation de véhicules professionnels.
Information des salariés
En France, l’utilisation d’un dispositif de géolocalisation est encadrée par le Code du travail, le RGPD et les recommandations de la CNIL.
Depuis l’entrée en vigueur du RGPD (2018), il n’est plus nécessaire de déclarer le dispositif à la CNIL, mais l’information des salariés est obligatoire.
Article L1121-1 du code du travail
Nul ne peut apporter aux droits des personnes et aux libertés individuelles et collectives de restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché.
Article L1222-3 du code du travail
Le salarié est expressément informé, préalablement à leur mise en œuvre, des méthodes et techniques d'évaluation professionnelles mises en œuvre à son égard. Les résultats obtenus sont confidentiels.
Les méthodes et techniques d'évaluation des salariés doivent être pertinentes au regard de la finalité poursuivie.
Article L1222-4 du code du travail
Aucune information concernant personnellement un salarié ne peut être collectée par un dispositif qui n'a pas été porté préalablement à sa connaissance.
Un dispositif de suivi de véhicule est à considérer comme une méthode ou une technique d'évaluation professionnelle, à ce titre l'employeur doit donc informer le salarié de sa mise en place. Cela peut se faire via une lettre d'information ou un avenant au contrat de travail. Nous vous fournissons un exemple de lettre d'information (version PDF, version docx).
Finalités légitimes
La géolocalisation n’est légale que si elle poursuit une finalité légitime, clairement définie et proportionnée.
Exemples de finalités légitimes- Suivi, justification et facturation de prestations de transport.
- Sécurité des personnes, des marchandises et des véhicules.
- Optimisation des tournées ou des interventions sur des zones dispersées.
- Respect d’une obligation légale spécifique (cf. Arrêté 16 mai 2025 concernant la facturation des prestations des taxis sanitaires).
- Contrôle des règles d’usage d’un véhicule de fonction ou de service.
- Suivi du temps de travail uniquement lorsqu’aucun autre moyen n’est possible.
Toute utilisation dépassant ces objectifs pourrait être considérée comme une atteinte aux droits du salarié.
Exemple d'utilisation abusives- Contrôler le respect des limitations de vitesse.
- Suivre un salarié disposant d’une autonomie d’organisation (commercial itinérant)
- Surveiller les représentants du personnel dans l’exercice de leur mandat
- Suivre les déplacements hors temps de travail
- Calculer le temps de travail si un autre outil existe (pointeuse)
Toutefois, dès lors que le motif d'utilisation est valable, les chauffeurs ne peuvent pas s'opposer à la mise en place d'un dispositif de géolocalisation à bord du véhicule.
Protection des données personnelles (RGPD)
Le RGPD est une loi européenne qui vise à protéger la vie privée des individus en encadrant la collecte, le traitement, la conservation et le partage de leurs données personnelles. Une donnée est personnelle dès lors qu'elle permet d’identifier directement ou indirectement une personne, par exemple :
- Nom, prénom
- Données de localisation
- Adresse e-mail, numéro de téléphone
- Données de santé
- etc.
Les données de localisation d’un véhicule sont donc concernées par le RGPD car elles permettent de suivre les déplacements d’un individu (par exemple un salarié avec un véhicule de fonction) de connaître ses habitudes de vie ou de travail, de le localiser en temps réel ou a posteriori. Même si les données concernent un véhicule et non une personne, si ce véhicule est rattaché à une personne identifiable (nom du conducteur, plaque associée à un employé, etc.), alors le RGPD s’applique. Comme évoqué précédemment en tant qu'employeur vous devez limiter la durée de conservation des données. Les informations collectées ne peuvent être conservées que durant la période nécessaire à la réalisation des objectifs visés. En principe, les informations obtenues par la géolocalisation ne doivent pas être conservées plus de deux mois. Toutefois, elles peuvent être conservées un an lorsqu’elles sont utilisées pour optimiser les tournées ou à des fins de preuve des interventions effectuées, lorsqu’il n’est pas possible de rapporter cette preuve par un autre moyen. Enfin, elles peuvent être conservées cinq ans lorsqu’elles sont utilisées pour le suivi du temps de travail.
Jurisprudence
La jurisprudence désigne principalement l'ensemble des décisions de justice rendues par les tribunaux sur une question de droit donnée. Plus précisément, elle fait référence à l'interprétation des lois par les juges au fur et à mesure qu'ils appliquent ces lois à des cas concrets. Ci-après quelques exemples de jurisprudence récente concernant la géolocalisation.
Cour de cassation – Chambre sociale, 22 mars 2023, n° 21-22.852 F-D
Un salarié licencié pour une utilisation abusive d’un véhicule de société : l’employeur a produit des données issues d’un système de géolocalisation pour montrer que le salarié utilisait le véhicule en dehors de ses horaires et jours de travail.
« La Cour de cassation a jugé que l’utilisation d’un système de géolocalisation par l’employeur ne peut justifier la localisation du salarié en dehors de son temps de travail lorsque ce dispositif n’était pas indispensable à la mission et qu’il n’a pas été mis en place dans le respect des conditions légales. L’atteinte portée aux droits du salarié à une vie personnelle par la collecte permanente de données de localisation en dehors des heures et jours de travail est disproportionnée au regard du but poursuivi, rendant les pièces produites par l’employeur irrecevables. » Source
L’arrêt rappelle l’exigence de proportionnalité et de respect du droit à la vie privée même pour des dispositifs légitimes comme le contrôle du temps de travail.
Cour de cassation – Chambre sociale, 22 mars 2023, n° 21-24.729 F-D
« Dans un second arrêt rendu le même jour, la Cour de cassation a confirmé que l’utilisation d’un système de géolocalisation destiné à la protection contre le vol ou à la vérification de kilométrage ne peut être détournée pour surveiller et tracer les déplacements d’un salarié en dehors de son temps de travail. Une telle utilisation caractérise une atteinte à la vie privée du salarié et rend les données extraites de ce système illicites comme moyen de preuve. » Source
Le contrôle de données de localisation ne peut dépasser la finalité déclarée auprès des salariés et doit être strictement limité au temps de travail effectif.
Exemple concret
Une entreprise équipe les véhicules de ses livreurs avec un traceur GPS, l’employeur doit informer les salariés que leur position est suivie (code du travail), ne doit pas utiliser ces données pour surveiller leurs pauses ou comportements en dehors du temps de travail (code du travail), doit sécuriser les données et ne les conserver que le temps nécessaire (RGPD).
Conclusion
L’utilisation d’un traceur GPS afin de suivre les déplacements d'un véhicule professionnel est légale dés l'instant ou la géolocalisation est effectuée dans un but légitime et proportionné. Dans tous les cas, il faudra veiller à en informer le conducteur et définir une durée maximale de conservation des données ainsi collectées.
par RDElectronique – Spécialiste de la géolocalisation de véhicules.
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